Amsterdam

Auteur : Jacques rel

"Amsterdam" est l'une des chansons les plus puissantes du répertoire de Jacques Brel — et l'une des plus chantées autour des feux de camp, portée par son crescendo irrésistible et ses images de marins qui boivent, dansent et rêvent. Une chanson de mer, de sueur et d'humanité brute, qui prend aux tripes dès la première note et ne lâche plus jusqu'à la dernière.

Structure

"Amsterdam" repose sur une construction musicale très particulière : tout part d'une mélodie médiévale lente, presque contemplative, accompagnée à l'accordéon, avant que le piano n'entre en jeu et que la tension monte progressivement jusqu'à l'explosion finale. C'est ce qu'on appelle le "crescendo brélien" — une montée dramatique à la fois dans l'écriture et dans l'interprétation, qui transforme chaque couplet en étape vers un dénouement physique et émotionnel. Les trois tableaux de la chanson — les marins qui chantent, qui dorment, qui meurent — forment une fresque chorale qui se prête naturellement au chant collectif, même si l'interprétation solo reste la plus fidèle à l'esprit de Brel.

Paroles de "Amsterdam"

1. Dans le port d'Amsterdam
Y a des marins qui chantent
Les rêves qui les hantent
Au large d'Amsterdam.
Dans le port d'Amsterdam
Y a des marins qui dorment
Comme des oriflammes
Le long des berges mornes.
Dans le port d'Amsterdam
Y a des marins qui meurent
Pleins de bière et de drames
Aux premières lueurs
Mais dans le port d'Amsterdam
Y a des marins qui naissent
Dans la chaleur épaisse
Des langueurs océanes

2. Dans le port d'Amsterdam
Y a des marins qui mangent
Sur des nappes trop blanches
Des poissons ruiss'lants
Ils vous montrent des dents
À croquer la fortune,
À décroisser la lune,
À bouffer des haubans.
Et ça sent la morue
Jusque dans le coeur des frites
Que leurs grosses mains invitent
À revenir en plus
Puis, se lèvent en riant
Dans un bruit de tempête,
Referment leurs braguettes
Et sortent en rotant.

3. Dans le port d'Amsterdam
Y a des marins qui mangent
Sur des nappes trop blanches
Des poissons ruiss'lants
Ils vous montrent des dents
À croquer la fortune,
À décroisser la lune,
À bouffer des haubans.
Et ça sent la morue
Jusque dans le coeur des frites
Que leurs grosses mains invitent
À revenir en plus
Puis, se lèvent en riant
Dans un bruit de tempête,
Referment leurs braguettes
Et sortent en rotant.

4. Dans le port d'Amsterdam
Y a des marins qui dansent
En se frottant la panse
Sur la panse des femmes
Et ils tournent et ils dansent
Comme des soleils crachés
Dans le son déchiré
D'un accordéon rance
Ils se tordent le cou
Pour mieux s'entendre rire
Jusqu'à ce que tout à coup
L'accordéon expire;
Alors le geste grave,
Alors le regard fier,
Ils ramènent leurs batave
Jusqu'en pleine lumière.

5. Dans le port d'Amsterdam
Y a des marins qui boivent,
Et qui boivent et reboivent,
Et qui reboivent encore
Ils boivent à la santé
Des putains d'Amsterdam
De Hambourg ou d'ailleurs,
Enfin, ils boivent aux dames
Qui leur donnent leur joli corps
Qui leur donnent leur vertu
Pour une pièce en or
Et quand ils ont bien bu
Se plantent le nez au ciel,
Se mouchent dans les étoiles
Et ils pissent comme je pleure
Sur les femmes infidèles
Dans le port d'Amsterdam  (bis)

6. Dans le port d'Amsterdam
Y a des marins qui dansent
En se frottant la panse
Sur la panse des femmes
Et ils tournent et ils dansent
Comme des soleils crachés
Dans le son déchiré
D'un accordéon rance
Ils se tordent le cou
Pour mieux s'entendre rire
Jusqu'à ce que tout à coup
L'accordéon expire;
Alors le geste grave,
Alors le regard fier,
Ils ramènent leur batave
Jusqu'en pleine lumière.

7. Dans le port d'Amsterdam
Y a des marins qui boivent,
Et qui boivent et reboivent,
Et qui reboivent encore
Ils boivent à la santé
Des putains d'Amsterdam
De Hambourg ou d'ailleurs,
Enfin, ils boivent aux dames
Qui leur donnent leur joli corps
Qui leur donnent leur vertu
Pour une pièce en or
Et quand ils ont bien bu
Se plantent le nez au ciel,
Se mouchent dans les étoiles
Et ils pissent comme je pleure
Sur les femmes infidèles
Dans le port d'Amsterdam  (bis)    


Musique

Quelle est l'histoire de cette chanson ?

Histoire de cette chanson

"Amsterdam" naît en 1964, dans la maison de Brel surplombant la Méditerranée à Roquebrune-Cap-Martin. Brel compose la mélodie à partir de la ligne de basse de Greensleeves, l'air folk anglais du XVIe siècle — un ancrage médiéval qui donne à la chanson sa couleur intemporelle. À l'origine, le port de la chanson n'était pas Amsterdam mais Anvers — sauf que "Dans le port d'Anvers" ne sonnait pas. Brel change de ville, et le tour est joué.

Le 16 octobre 1964, Brel monte sur la scène de l'Olympia. Il n'est pas convaincu par ce nouveau titre et le place en troisième position du récital, dans ce moment du concert réservé aux ajustements techniques — ce qu'on appelle dans le milieu une "chanson sacrifiée". La veille, lors de la répétition générale à Versailles, il avait déjà senti que quelque chose se passait. Mais la première à l'Olympia dépasse toutes les attentes : le public lui réserve une ovation de trois minutes, debout.

Amsterdam devient instantanément incontournable dans ses récitals suivants. Brel, qui ne faisait jamais de rappel en concert, fit une seule exception dans toute sa carrière : lors d'une tournée en Union soviétique en 1965, face au public moscovite qui réclamait la chanson, il la rechanta. La seule version officielle est celle enregistrée ce soir d'octobre 1964 — Brel ne l'a jamais mise en studio, considérant qu'Amsterdam n'existait pleinement que sur scène.

Amsterdam dans la culture populaire

Malgré l'absence d'enregistrement studio, "Amsterdam" est devenue l'une des chansons françaises les plus reprises au monde. Dès 1967, Scott Walker en propose la première version anglaise, traduite par Mort Schuman. En 1973, David Bowie l'enregistre en face B de son single Sorrow. Depuis, la chanson a traversé tous les styles et toutes les générations.

En France, elle reste une référence absolue de la chanson à texte, régulièrement citée parmi les plus grandes chansons françaises de tous les temps. En 2016, une deuxième version live enregistrée à l'Olympia en 1966 est publiée, et en 2021 une troisième version inédite est révélée — enregistrée en juillet 1965 à la Maison de la Radio, avec un arrangement uniquement au piano et à la contrebasse, radicalement différent de la version connue.

Pour les scouts, "Amsterdam" est avant tout une chanson de feu de camp parfaite : longue, narrative, habitée — et ce crescendo final qui emporte tout le monde avec lui, qu'on soit chanteur ou simple spectateur.

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